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Quelles sont nos émotions de base? Et les expressions faciales permettent-elles de les déterminer?

Au commencement était Charles Darwin, qui affirmait dans L'expression des émotions chez l'homme et l'animal (1872), que celles-ci étaient innées et universelles.

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Au commencement était Charles Darwin, qui affirmait dans L'expression des émotions chez l'homme et l'animal (1872), que celles-ci étaient innées et universelles. Il apportait également l'idée que les expressions faciales étaient intimement liées à ces émotions et pouvaient servir de moyen de mesure.

Or dans les années 50, le courant dominant était plus culturaliste. Margaret Mead soutenait, après avoir visité différentes cultures, que les émotions étaient socialement déterminées. Mais par exemple, à la même époque, l'éthologiste Konrad Lorenz faisait remarquer que des êtres vivants d'espèces différentes comprenaient certaines émotions des autres.

Paul Ekman, plus proche ici de Darwin, a conduit des études dans diverses cultures sur la reconnaissance d'émotions à partir d'expressions faciales : Etats-Unis, Chili, Argentine, Brésil, mais aussi les tribus Fore de Papouasie et le Japon. Les sujets devaient attribuer un adjectif à une photo de visage hyper-expressif. Il en a conclu en 1971 que 6 émotions étaient reconnues partout :

  • joie
  • tristesse
  • colère
  • dégoût
  • peur
  • surprise

Pour Ekman, ces 6 émotions sont innées, universelles, et traduites par des expressions faciales. Il avait proposé également le mépris en 7e, mais les résultats étaient un peu moins probants. Biehl et Matsumoto réhabiliteront le mépris comme 7e émotion en 1997. Peur et surprise étaient également moins bien différenciées. Par contre, si l'expression sur la photo est le fruit d'une réelle émotion, et n'est pas très marquée (voire exagérée), les résultats deviennent bien plus médiocres.

Il a insisté avec Wallace Friesen sur le fait que selon les coutumes, les interlocuteurs, les contextes, l'expression de certaines émotions était culturellement évitée ou exhibée, mais que les plus fondamentales laissaient toujours des traces reconnaissables sur le visage. Il a donc ensuite travaillé sur les moyens de mesurer avec finesse les mouvements des muscles faciaux des sujets devant des courts-métrages, pour capturer même les micro-expressions fugaces générées par des émotions réprimées ou d'intensité faible. Lui et d'autres ont ensuite ajouté des capteurs pour les réactions biochimiques et viscérales, ce qui avait tendance à conforter sa thèse.

Il prétend avoir compilé 10,000 expressions faciales différentes, dont 3000 pertinentes émotionnellement. Cependant, on peut toujours découper en plus petites parties les mouvements continus, retrouvant là un des paradoxes de Zénon d'Elée, du moins tant qu'il y a du budget...

Il cherche depuis quelque temps à faire commerce de sa méthode de lecture des micro-expressions, avec pas mal de relais médiatiques (films, émissions, intérêt d'institutions), et quelques déboirs. Ses prétentions à savoir reconnaître un menteur grâce à ses détecteurs de micro-expressions, dont une version a été vendue par exemple à des agents de sécurité d'aéroports aux Etats-Unis, ont été mises en doute à plusieurs reprises, particulièrement niveau résultats.

Concernant le nombre d'émotions de base que l'on peut trouver à partir d'expressions faciales, l'Institut de neurosciences et de psychologie de l'Université de Glasgow a publié un article en 2014 où colère et dégoût fusionnent, de même que peur et surprise, du fait de leur similarité dans les premiers instants. Ce qui suggère que leur distinction, demandant plus de temps d'analyse, serait plus socialement construite. Ces 4 émotions restantes se combinent ou s'affinent pour former les autres plus complexes :

  • joie
  • tristesse
  • colère/dégoût
  • peur/surprise

Dans les deux cas, selon ces gens, il semble n'y avoir qu'une seule émotion positive de base: la joie...

Sources:

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